Une délégation d’IRA-France-Mauritanie s’est rendue à Nouakchott du 9 au 22 janvier 2020 sur invitation du député Biram Dah Abeid, Président de l’association non reconnue IRA-Mauritanie. Elle était composée de Jean-Marc Pelenc, Président, Catherine Poivre d’Arvor, Présidente d’honneur, Bruno Canivenc, Secrétaire général et Marie Pelenc, Chargée d’organisation. Elle avait pour objectifs de rencontrer un maximum d’associations de défense des droits humains, leurs dirigeants et leurs militants pour analyser la situation des droits humains aujourd’hui et étudier de futures coopérations, de rencontrer les autorités mauritaniennes pour leur faire part de nos préoccupations et prendre contact avec les représentations diplomatiques de pays ou organismes de l’ONU présentes à Nouakchott.
L’expulsion de Jean-Marc Pelenc, après sa sortie de l’aéroport, a été présentée par les autorités mauritaniennes comme un dysfonctionnement administratif en contradiction avec la volonté d’ouverture du nouveau pouvoir. Elles ont invité Jean-Marc Pelenc à revenir en Mauritanie dès qu’il le souhaitait et ont déclaré que le pays était “ouvert aux visiteurs quels que soient leurs opinions, origines ou religions”. Nous déplorons vivement cet événement mais saluons ce nouveau discours. Notre Président n’a pas souhaité revenir en Mauritanie pendant notre mission pour ne pas focaliser l’attention des médias sur sa situation. Il est vrai qu’un article diffamatoire publié sur le site d’El wian, traduit et repris par le site Adrar-infos, et un tweet lamentable d’une ambassadrice du Ministère des Affaires Etrangères, qui a démissionné depuis, avaient déjà montré que cette expulsion pouvait être une occasion de s’exprimer pour des opinions profondément réactionnaires et antisémites défavorables à l’avancée des droits humains en Mauritanie et ne s’embarassant pas de grandes exigences sur l’exactitude des informations véhiculées. Nous avons réagi à ces propos lors de notre conférence de presse du 15 janvier.
Notre délégation a pu longuement rencontrer les cadres dirigeants d’IRA ainsi que des militants des différentes sections de Nouakchott : la chaleur de leur accueil, la place faite aux femmes, le niveau d’analyse de la situation complexe du pays et la forte détermination à poursuivre leur combat de façon pacifique pour une Mauritanie libérée des discriminations racistes nous ont beaucoup impressionnés. Le chantier est immense au vu de toutes les situations qui nous ont été décrites : esclavage par ascendance dans plusieurs communautés et esclavage moderne, impossibilité d’accéder au foncier même sur des terrains travaillés depuis des générations, difficultés extrêmes de se faire recenser pour beaucoup de Haratine ce qui entraîne par exemple l’impossibilité de voter et de scolariser ses enfants à partir du collège, stigmatisations à l’embauche une fois l’appartenance à IRA connue d’où des conditions de vie extrêmement difficiles…
Nous avons pu rencontrer de nombreuses victimes : d’anciens esclaves soutenus par IRA dans leur fuite, leur procès, leur scolarisation ou leur réinsertion parfois encore fragile, d’anciens prisonniers d’opinion que nous avions soutenus lors de leur incarcération qui ont pu témoigner des violences policières et tortures dont ils ont été l’objet pendant leur détention préventive et les mauvais traitements subis pendant leur incarcération. Ils demandent justice alors que, jusqu’à présent, leurs tentatives de dépôt de plainte ont été refusées. Nos rencontres avec de nombreuses associations de défense des droits humains, petites ou grandes, nous ont permis en particulier de mieux connaître la situation de toutes les victimes du “passif humanitaire” et leur volonté, elles aussi, d’obtenir justice en demandant d’abord l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993. La scolarisation et les droits des femmes sont également deux sujets de préoccupations importants.
Nous avons pu rencontrer M. Ould Hindy, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Mauritanie, avec qui nous avons échangé sur les directions qui semblent les plus judicieuses pour faire appliquer certaines lois, telle celle sur la présence d’un avocat pendant la garde à vue qui n’est pas appliquée et éviterait bien sûr beaucoup de mauvais traitements.
Les entretiens très cordiaux avec M. Bouhoubeyni, Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, et avec M. Ould Boukhreiss, Commissaire aux Droits de l’Homme nous ont permis de mesurer l’évolution du discours de cette autorité indépendante ainsi que celle du gouvernement. L’habituel déni des nombreuses violations des droits humains ne semble plus à l’ordre du jour. Le gouvernement dit vouloir discuter des problèmes pour chercher des solutions, progressivement, avec la société civile et met en place des campagnes d’information et des modules pédagogiques sur les droits humains. On nous a annoncé une évolution prochaine vers un régime déclaratif pour les associations, ce serait peut-être enfin la possibilité de donner une existence légale à IRA-Mauritanie et au parti RAG dont les ancrages démocratiques ne peuvent être remis en cause et pour lesquels le soutien populaire ne cesse de croître !
Les renconres avec le Représentant du Haut Commissaire des Droits de l’Homme de l’ONU, l’Ambassadeur de France, l’Ambassadrice d’Allemagne, le Chef de Délégation de l’Union Européenne et la Conseillère politique de l’Ambassadeur des USA nous ont permis de partager des analyses sur l’évolution de la question des droits humains depuis l’investiture du président Ghazouani, en août dernier et de mieux comprendre certaines stratégies de ces acteurs.
Ce qui nous semble prédominer chez nos interlocteurs est bien le soulagement de voir certaines pratiques du pouvoir précédent progressivement disparaître, l’envie d’accompagner les évolutions positives et l’attente d’actes concrets qui témoigneraient de cette volonté. Dans les chancelleries, on semble faire davantage crédit aux nouvelles autorités que dans les associations mauritaniennes, mais tous disent vouloir accepter la main tendue et pressent le gouvernement d’apporter des améliorations concrètes vu l’importance du chantier ! Notre association s’inscrit bien sûr dans cette volonté d’accompagner avec vigilance les changements progressifs vers un plus grand respect des droits humains en Mauritanie, en particulier en ce qui concerne l’esclavage et les discriminations raciales.
La délégation d’IRA-France-Mauritanie
Auteur : irafranceadministrateur
Remerciements d’IRA France-Mauritanie aux membres d’IRA Mauritanie
Du 10 au 23 janvier 2020, 3 membres de notre bureau ont été accueillis par nos amis militants d’IRA Mauritanie et par de très nombreuses associations défendant les droits humains en Mauritanie dont les 9 sections d’IRA Mauritanie.
Durant ce séjour, ils ont été accueillis chez Leila et Biram Dah Abeid, où là encore ils ont pu côtoyer et parler avec toutes ces personnes qui chaque jour viennent retrouver dans cette maison réconfort et chaleur humaine.
Cet accueil extraordinaire était imprégné à chaque instant d’une très grande dignité.
Nous voulons ici remercier toutes les militantes et militants d’IRA Mauritanie et l’ensemble des associations qui les ont reçus pour leur accueil et leur totale disponibilité envers Catherine Poivre d’Arvor, Marie Pelenc et Bruno Canivenc.
Nous formulons le vœu que ce séjour si intense puisse encore et toujours plus retisser les liens fraternels entre les membres d’IRA France et d’IRA Mauritanie et nous vous ferons d’ici peu un compte rendu plus détaillé de ce voyage.
Conférence de presse de la délégation en Mauritanie d’IRA France-Mauritanie
La délégation de notre association qui se trouve en ce moment en Mauritanie a donné une conférence de presse mercredi 15 janvier. Il a été notamment question de l’expulsion le 10 janvier dernier de notre président Jean-Marc Pelenc, et des propos inacceptables à ce sujet d’une haute diplomate mauritanienne, qui a dû démissionner dans la foulée.
RFI Afrique a relayé l’information. Vous pouvez écouter ici de cette conférence de presse, avec les déclarations de notre secrétaire général Bruno Canivenc.
Jean-Marc Pelenc a pris la décision de ne pas retourner en Mauritanie, afin que les médias cessent de se focaliser sur cette malheureuse affaire et qu’ils tournent leurs regards vers l’essentiel : la mission de notre association, lutter contre toutes les formes d’esclavage.
Communiqué sur l’expulsion du président d’IRA France-Mauritanie
COMMUNIQUE IRA FRANCE-MAURITANIE
Expulsion du Président d’Ira France-Mauritanie, Jean Marc Pelenc, à son arrivée à l’aéroport de Nouakchott
Une délégation du bureau d’Ira France-Mauritanie vient en visite en Mauritanie pour une durée de deux semaines dans le but de rencontrer les militants et les responsables d’Ira-Mauritanie, Monsieur l’ambassadeur de France en Mauritanie, différents ministres et diverses ONG et associations partenaires. Une visite du jardin d’enfants soutenu par Ira France-Mauritanie est également au programme.
Les membres de la délégation résident chez Monsieur le député Biram Dah Abeid, Président d’Ira-Mauritanie. Le 09 Janvier 2020, les 4 membres de cette délégation arrivent le soir à l’aéroport de Nouakchott. Elle est composée de :
Jean-Marc Pelenc, Président
Catherine Poivre d’Arvor, Présidente d’Honneur
Bruno Canivenc, Secrétaire Général
Marie Pelenc, chargée d’organisation.
Alors que ces 4 membres ont terminé les formalités d’enregistrement de leur visa d’entrée sur le territoire mauritanien, ils sortent de l’aéroport avec leurs 4 visas en règle. Au moment où ils sont accueillis chaleureusement par une délégation mauritanienne, un agent de police vient demander à Monsieur Pelenc de le suivre pour répondre rapidement à quelques questions.
Il le conduit dans les locaux de la police. Rien ne lui est reproché et on ne lui pose aucune question. Cependant, il est séquestré par la police durant toute la nuit. Puis à 7 heures du matin, il est brutalement expulsé dans un avion pour Marseille via Casablanca. Aucun motif de cette décision ne lui a été communiqué.
Les trois autres membres de la délégation ont été reçus le matin même par Monsieur l’Ambassadeur de France en Mauritanie et deux conseillers.
Après des échanges avec les autorités mauritaniennes, Monsieur Ghazouani, Président de la République islamique de Mauritanie (investi le 1er Août 2019) a déclaré que cette expulsion était une erreur, que M. Jean-Marc Pelenc était invité à revenir en Mauritanie et que sa délégation était bienvenue, comme dorénavant toute ONG de défense des droits de l’Homme sur le sol mauritanien.
Les réactions positives du gouvernement mauritanien à cet évènement malheureux semblent traduire une volonté de rupture avec les pratiques de déni de violations des droits humains de son prédécesseur le président Aziz.
Nous aurons plaisir avec nos amis mauritaniens à accompagner ces évolutions pour une Mauritanie plus juste et fraternelle.
Le bureau d’Ira France-Mauritanie
Note d’information sur l’expulsion de Mauritanie de Jean-Marc Pelenc
Jean-Marc Pelenc, président d’IRA France Mauritanie, qui se rendait en Mauritanie avec une délégation de notre association, a été arrêté jeudi 9 janvier à sa descente de l’avion et renvoyé en France. Le gouvernement mauritanien indique qu’il s’agirait d’une erreur.
Nous préparons un communiqué pour vous donner plus de détails et d’informations. En attendant, nous vous renvoyons aux articles de RFI, avec interview de notre secrétaire général Bruno Canivenc, et du Cridem.
http://cridem.org/C_Info.php?article=731429
Cas d’esclavage dans la communauté soninké
En Mauritanie, l’esclavage n’est pas seulement une réalité chez les Arabo-berbères. Il se vit également au sein même de la communauté négro-mauritanienne. Ce lundi 23 décembre, lors d’une conférence de presse tenue par Biram Dah Abeid, le mouvement IRA a révélé 12 cas d’esclavage dans la communauté soninké.
https://articles.rfi.fr/fr/afrique/20191224-mauritanie-cas-esclavage-communaute-noire-soninke
Bonne année 2020 !
IRA France Mauritanie vous adresse tous ses vœux pour la nouvelle année
Joie, santé, prospérité et surtout
LIBERTÉ
pour tous les hommes sur la terre
PERSISTANCE DE L’IMPUNITÉ DES ESCLAVAGISTES ET DES ATTAQUES CONTRE LES ABOLITIONNISTES
Dans une note du 18 décembre, IRA Mauritanie alerte sur la persistance de l’impunité des esclavagistes en Mauritanie.
Aucun signe du renouveau annoncé à la faveur de l’élection du nouveau président Mohamed Ould Ghazouani en juin 2019. Au contraire, ce dernier semble maintenir le cap de son prédécesseur Mohamed Ould Abdel Aziz.
Après le cas de Ghaya Maiga, une jeune fille de 14 ans en situation d’esclavage, qui avait cherché protection auprès de la justice mais qui a été remise à ses bourreaux par le juge ; après les déclarations de l’ancien premier ministre, qui avait imputé les cas d’esclavage en Mauritanie, non pas à des ressortissants de son pays, mais à des Maliens itinérants qui se déplaceraient à travers les frontières, suivis de leurs bétail et serviteurs, voici aujourd’hui l’affaire « Démocratie islamique ».
Ce groupuscule, très actif sur les réseaux sociaux, promeut à visage découvert l’inégalité de naissance, qui serait prescrite par l’ordre divin. De nombreuses publications sur WhatsApp et Facebook témoignent du déferlement de haine contre les personnes d’extraction servile dans les régions du Guidimakha et du Hodh El Charghi, ainsi que dans le sud-ouest du Mali : menaces nominales, séances de molestation de d’humiliation, simulations de châtiments corporels envers les personnes maintenues en esclavage, ainsi qu’agressions et spoliations envers les défenseurs des droits humains.
Nommément menacés et attaqués, deux membres du Conseil exécutif d’IRA-Mauritanie ainsi que trois autres militants anti-esclavagistes ont porté plainte le 31 octobre 2019 contre les dirigeants de « Démocratie islamique » et deux autres activistes qui conduisent avec eux la campagne électronique de persécution, sur fond d’extrémisme religieux.
Le parquet du tribunal de Nouakchott-Nord a fait traîner le dossier jusqu’à la mi-décembre, avant de diligenter une enquête pour « apologie de l’esclavage ». Alors que des membres d’IRA-Mauritanie s’étaient rassemblés devant le commissariat de Sebkha où la police interogeait 4 des plaignants, les deux dirigeants de « Démocratie islamique » vinrent les attaquer verbalement. Les militants d’IRA ne répondirent pas à la provocation. Néanmoins, les deux chefs de « Démocratie islamique » prétendirent avoir essuyé la violence des 5 auteurs de la plainte, dont aucun ne se trouvait pourtant sur le lieu de la rixe présumée. Aussitôt, les 5 militants abolitionnistes furent emprisonnés et accusés de coups et blessures. Par une inversion dont les tribunaux de Mauritanie ont le secret, les plaignants se retrouvent ainsi inculpés, dans une nouvelle tentative d’intimidation visant à les décourager d’avoir recours à la loi.
Le juge d’instruction responsable de ce tripatouillage, qui ne manifeste aucun scrupule à faire incarcérer des innocents, dont un homme de 78 ans venu de loin chercher protection et équité, n’en est pas à son coup d’essai contre les militants d’IRA-Mauritanie. Mais au-delà de l’individu, il convient de dénoncer l’appareil judiciaire mauritanien qui entretient un personnel acquis à l’esclavagisme.
IRA-Mauritanie demande au Président de la République Mohamed Ould Ghazouani de prendre les mesures nécessaires pour tourner la page de l’impunité et de l’occultation. La liberté et la cohésion sociale se nourrissent d’abord de transparence, tout comme l’autoritarisme et la discorde reposent sur le tabou.
Lire la note d’alerte en entier sur le site d’IRA Mauritanie
28 novembre, jour de deuil
Le 28 novembre 1960, la Mauritanie devenait un état indépendant. Mais comment célébrer cette date, depuis le crime commis à Inal dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990 à l’encontre de 28 officiers négro-mauritaniens ? À ce jour, justice n’a toujours pas été faite, et les autorités du pays semblent continuer à faire preuve de déni à ce sujet.
Lors d’un rassemblement à Nouadhibou, Biram Dah Abeid a proposé de faire du 27 novembre une journée de deuil en souvenir des martyrs de ces crimes racistes.
Lire l’article du Calame pour plus d’informations
http://lecalame.info/?q=node/9519
Biram à Inal le 28 novembre 2019 pour exprimer sa solidarité totale avec les familles et les orphelins des victimes.
Libération des détenus de Lexeiba
IRA France-Mauritanie a la joie de vous faire part de la libération, le mercredi 6 novembre, des neuf militants arrêtés pendant les manifestation post-électorales de juin dernier, après leur acquittement par le tribunal régional de Kaédi (300 km au sud de Nouakchott), où ils étaient détenus arbitrairement depuis le 23 juin 2019.
Merci à toutes celles et tous ceux qui ont œuvré pour cette libération.
Photo du rassemblement organisé à Paris par IRA France le 5 novembre pour exiger cette libération

