Sévices sur un descendant d’esclaves, âgé de 13 ans

Note d’alerte

La révélation du scandale

Mohamed ould Mrazgui, enfant de 13 ans, né de caste servile, a été confié, à une famille de tuteurs, par sa mère Salma mint Salem ; celle-ci habite le village de Aïn Emelline, à 50 km de Boutilimit, chef-lieu du département, dans la région du Trarza, théâtre de dénonciations récurrentes, au motif de pratiques d’esclavage et de radicalisation religieuse. Mohamed devait servir la dame Vatimetou mint Mohamed Yahya ould Tlamid, en contrepartie d’une prime versée à ses propres parents. La ci-devant maîtresse, domiciliée à Nouadhibou, poumon économique de la Mauritanie, le maltraitait et lui faisait subir maints sévices dont des brûlures par couteau incandescent, la bastonnade à vif, l’isolement et les insultes racistes. En vertu de l’on ne sait quelle perversion, elle le contraignait à porter des tenues féminines, comme l’atteste une vidéo sur les réseaux sociaux.  Mohamed raconte, en détail, la maltraitance, le défaut de scolarisation, l’affectation permanente aux corvées et courses de la maison et le travail domestique, sans rémunération.  Dès la découverte du drame, il revendique le retour auprès de sa mère. Selon les recoupements disponibles, il s’agit d’une situation d’exploitation et de séquestration, accompagnée d’actes de barbarie, ainsi que le prouvent les images jointes et le film, bref, où il témoigne. Manifestement, il est ici question d’esclavage moderne et de traite des personnes, en relation avec la servitude d’antan, l’enfant étant né de descendants de captifs, tous deux d’origine subsaharienne. Les cas similaires sont légion en milieu arabo-berbère et pas seulement au Trarza.

La réaction des autorités

Alertée grâce à la vigilance des voisins, la section de l’Ira à Nouadhibou se saisit de l’affaire, le 23 novembre 2022 à 11h ; aussitôt, elle dépose plainte auprès du procureur de la république qui ordonne, sans délai, l’ouverture d’une enquête. La commissaire de police en charge des mineurs, madame Salka mint Choumad, traînera longtemps les pieds, avant de se décider, enfin, à 18h. Comme il est d’usage en République islamique de Mauritanie, elle s’empresse d’arrêter les militants lanceurs d’alerte, Lemrabot ould Mahmoud et Lemine Djiby, respectivement Secrétaire général et responsable des droits humains, au sein de la section locale de l’Initiative de résurgence abolitionniste (Ira). Ils furent libérés, à minuit. A leur sortie, l’officier de la sûreté publique, Salka mint Choumad, intima, aux activistes, de laisser la victime entre ses mains et de rentrer chez eux.  Compte tenu des antécédents de pression multiforme aux fins de modifier la nature du litige et de l’inscrire à la rubrique des faits divers, les partisans de l’Ira refusèrent de déférer à l’injonction. Leur crainte n’allait tarder à recevoir une illustration éclatante.

Cependant et contre toute attente, le parquet décida de sévir : dès après 18h, la police convoque Vatimetou mint Mohamed Yahya ould Tlamid, cible de l’incrimination et la place en détention préventive. Alors, la machine – rodée – du blanchiment des crimes d’esclavage, se mit en marche: la génitrice de Mohamed Mrazgui, Salma mint Salem, ainsi que le père, effectuent un voyage-éclair, de Boutilimit à Nouadhibou, sur un trajet de plus de 600km. Sous influence prévisible de la police, des politiciens du cru, de certains magistrats et des tribus, le couple exclut d’ester en justice ; la maman de Mohamed déclare avoir « confié » l’enfant à ses tortionnaires présumés ; elle s’emploie, plutôt, à changer les propos de ce dernier, malgré l’appel au secours et l’évidence des griefs, d’ailleurs circonstanciés. En dépit des preuves de violence que confirment les cicatrices de blessures anciennes et fraîches, le père et la mère, assurent que la victime bénéficiait d’un traitement enviable ; son fils, prétend-elle, s’habillait bien et recevait de l’argent, en vertu d’une libéralité de ses bienfaiteurs. Raison supplémentaire de vigilance, de nature à interpeller le pouvoir exécutif, les députés et la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), Salma mint Salem évoque, par comparaison, le sort de ses autres garçons qui se trouveraient dans une posture similaire mais elle n’en précise le détail. Une enquête indépendante s’impose et vite.

Observations

Peu de jours après la visite, à Nouakchott, du Président du Conseil européen, l’honorable Charles Michels, porteur d’un message de relèvement de la coopération en matière d’Etat de droit et de sécurité, voici la Mauritanie rattrapée par l’héritage de l’esclavage, du racisme et de l’impunité. Le calvaire de Mohamed ould Mrazgui vient rappeler, à nos partenaires et surtout à l’opinion nationale, l’urgence d’une action spécifique pour sauver des milliers de mineurs en déshérence, de la double peine qu’implique le statut de rejeton d’esclaves, même affranchi : autant ils endurent la misère et l’exploitation, autant l’avenir hors de l’école moderne compromet leurs chances d’émancipation. A supposer qu’il soit acquis, l’enseignement exclusif du Coran ne les nourrira, ici-bas…

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M)

Nouadhibou, 28 novembre 2022

Liens connexes

L’enfant se décrit : https://web.facebook.com/abou.doip/videos/654458526377029

La mère donne sa version : https://web.facebook.com/lamin.djibi/videos/1435208000222082

Charles Michels se rend en Mauritanie : https://ami.mr/fr/index.php/2022/11/21/charles-michel-la-mauritanie-est-un-partenaire-solide-de-lue-un-partenaire-stable-dans-une-region-difficile/

28 novembre | DÉCLARATION des Associations mauritaniennes de France

DECLARATION  

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 1990, à INAL, 28 militaires noirs sont pendus par leurs « propres frères d’arme arabo-berbères », au nom de l’État, en guise de célébration du 30ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale.

Ce faisant, le régime sanguinaire arabo-berbère du Colonel Maawouya OULD SID’AHMED TAYA qui a entamé un génocide contre la communauté négro-africaine du pays dès l’année 1986, a voulu marquer l’institution définitive d’un État mauritanien exclusivement arabe. La date du 28 novembre, qui devait être le socle symbolique de l’unité de tous les Mauritaniens, est devenue un jour de douleur, de deuil et de grande tristesse pour toute la communauté négro-africaine.

En effet, pendant que la Mauritanie officielle et des pans entiers de la population paradent pour célébrer l’anniversaire de l’indépendance, une autre grande partie du peuple se recueille dans le deuil et les prières en commémoration de ces crimes qui marquent le point culminant de la page la plus abjecte de l’histoire de la Mauritanie.

Depuis cette sinistre nuit d’INAL, les veuves, orphelins et ayants-droits des victimes des purges ethniques, ainsi que toutes les organisions des droits de l’homme, civiles et politiques, engagées pour les causes d’équité et de droits ne cessent de réclamer Justice, mais en vain. Cette épuration ethnique, faut-il le rappeler, ne s’est pas limitée à l’armée, mais a transformé la vallée du fleuve et tous les recoins du pays où habitent et travaillent les négro-mauritaniens, en territoires de non droit, de viols, d’humiliations de toutes sortes, d’accaparement des terres cultivables et d’exécutions sommaires.

A cette occasion, nous exprimons notre colère, notre révolte et notre cri de voir l’État mauritanien persister dans son manque de courage à assumer ses responsabilités. Nous estimons qu’il n’y a aucune volonté politique de résolution de la tragédie vécue par la composante négro-mauritanienne noire, par des gestes significatifs et des actions concrètes. Au contraire, il y a des tentatives de manipulations et de divisions des victimes, pour que la justice ne soit pas rendue. Nous en appelons aux organisations politiques, associatives, aux victimes et à la communauté internationale pour que la justice fasse son travail. Personne ne pourra pardonner des crimes dont les responsabilités n’ont pas été identifiées : Justice avant le pardon.

Cette date, le 28 novembre n’est plus celle de l’honneur, de la dignité et de la fierté de notre pays, mais celle de la honte, de la trahison et de l’inhumanité. Il faut changer de sens et de symbole pour célébrer l’indépendance  nationale.  

Nous exigeons du gouvernement mauritanien l’application du devoir de vérité, du devoir de justice, du devoir de mémoire, des réparations matérielles et morale pleines et entières.

Nous demandons aux autorités qataris l’expulsion, au mieux l’arrestation et le déferrement de Maawouya OULD SID’AHMED TAYA, principal auteur du génocide mauritanien, qui vit en reclus au Qatar où l’Émir lui a accordé l’asile politique.

Les organisations signataires : 

LE COMITE INAL , AVOMM, ARMME, CAMME,OCVIDH, ODH, VOIX, MURITANI MIN NJEJJITTAA, FLAM,FPC, AJDM/R, PLEJ, AFMAF, IRA

Paris, le 27 novembre 2022

28 novembre | Fête nationale et jour de deuil.

Le 28 novembre 1960, la Mauritanie devenait indépendante. Mais depuis 1990, cette date ne peut plus être célébrée. Elle est au contraire un jour de deuil pour les noirs mauritaniens et tous ceux qui se soucient des droits de l’homme.

En effet, le 28 novembre 1990, 28 soldats peulhs emprisonnés à Inal furent choisis pour être exécutés par pendaison. Ce crime d’État reste à ce jour impuni. Chaque année, le leader de notre mouvement, Biram Dah Abeid, et sa délégation se rendent dans cette ville pour se recueillir sur les tombes des soldats. C’est un moment douloureux pour les familles des victimes. Le principal auteur de ce crime est le sanguinaire Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya qui vit en reclus au Qatar où l’émir lui a accordé l’asile politique.

Dimanche 27 novembre 2022, des associations et des ONG de défense des droits de l’homme ont appelé les Mauritaniens de France et tous les sympathisants à manifester du Parvis des Droits de l’Homme au Trocadéro jusqu’à l’ambassade du Qatar, afin de demander l’expulsion, l’arrestation et le déferrement de Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, et plus largement de dire NON au racisme en Mauritanie, NON à l’oubli, NON à l’impunité, OUI à la traduction des coupables devant la justice.

Associations et organisations signataires : Le Comité Inal, le Cadre de Concertation des Rescapés Mauritaniens en Europe et aux USA (AVOMM, ARMME, CAMME, OCVIDH, VOIX, ODH et Muritani Min Njejjittaa), les Organisations Mauritaniennes de défense des droits de l’homme, mouvements politiques et partis politiques, AFMAF , FLAM, FPC et AJD MR, IRA France Mauritanie.

Forum Régional Africain pour la libération de l’esclavage

Kigali, Rwanda, 21-25 novembre 2022 – Communication de Biram Dah Abeid

Bonjour, mesdames et messieurs, chers participants !

Citoyen de la République Islamique de Mauritanie, je viens du Sahel, une contrée de l’Afrique qui a hérité, depuis avant l’islamisation et la colonisation, de communautés structurées sur l’inégalité de naissance, l’endogamie et l’esclavage. Dans les sociétés du Sahel-Sahara post-islamisation, les groupes dominants fondèrent leurs règles de préséance sur l’esclavage et transposèrent les textes, de droit « musulmans », à leurs modes de vies, bien antérieurs à l’Islam; néanmoins, l’adaptation de la nouvelle religion, aux rapports de supériorité, engendrera la légalisation des pratiques d’inégalité de naissance, qui connaîtront, alors, un essor historique, géographique et culturel. Le commerce négrier vers les Amériques est venu, dans la foulée, pour enraciner et figer, jusqu’à nos jours, un lien de domination où s’insinue le racisme anti- noir ; l’hémorragie du Continent, à travers les pistes des traites transsahariennes ainsi que celles d’Afrique du Nord, du littoral Swahili et de la mer Rouge, se trouva renforcée et dépassée par la version atlantique et triangulaire. Le déplacement forcé des populations jeunes devient plus actif et massif, renforçant davantage l’impact de l’esclavage et de ses manifestations dans les sociétés du Sahel-Sahara.

La colonisation française utilisera deux procédés différents face à la persistance du problème en Afrique. Le premier procédé s’adresse, d’abord, aux autochtones subsahariens et adopte le choix de la répression, quoique de manière souvent molle. Le deuxième vise plutôt les groupes Arabe, Touareg et Maures, des peuples que la littérature coloniale sublimait et appelait « les hommes bleus ». L’esclavage en leur sein a été largement toléré et même concédé par l’administration coloniale. Ainsi, les responsables de l’occupation niaient l’existence d’esclaves et préféraient parler de « captifs » : aujourd’hui, la ligne politique et diplomatique de négation de l’esclavage qu’adopte la Mauritanie et d’autres pays du Sahel est un héritage du colonialisme français. Tous les dirigeants de l’Afrique indépendante sont tombés dans le travers du négationnisme, attitude qui fera, des esclaves chez nous, les vrais laissés-pour- compte de la colonisation et de la décolonisation, dans le même temps.

Plus que tous les pays sahéliens dont les sociétés vivent l’esclavage coutumier et de castes comme un trait culturel, la Mauritanie, continue de fonder le mode de vie d’une importante partie de l’élite arabo-berbère dominante, sur l’exploitation de l’homme par l’homme, notamment le travail non-rémunéré et indécent, sans omettre la séparation des familles serviles, le trafic des enfants et des femmes; le droit de s’approprier le corps d’une esclave et la légitimation du viol ancillaire ponctuent la déshumanisation des victimes. Aussi, devant le caractère scandaleux de la question, l’oligarchie esclavagiste qui dirige la Mauritanie, adopte, désormais, la duplicité de sa diplomatie, à l’endroit du droit international public. La ruse consiste à ratifier toutes les conventions possibles et imaginables sur l’esclavage et les trafics des personnes, édicter des lois nationales de coercition, capter les fonds destinés aux colloques, ateliers et autres programmes de prévention et formation, voire créer des tribunaux ad- hoc. A un autre niveau de traitement oblique du phénomène, il s’agira de nommer des cadres ou personnalités issus des milieux serviles, au sein du gouvernement et de la haute administration, en leur assignant la mission de témoigner contre le réel ; in fine, des institutions comme la Commission nationale des droits de l’Homme (Cndh), le Commissariat éponyme et le Mécanisme national de prévention de la torture (Mnp) bénéficient de financements, en vue de saturer la sensibilisation contre l’esclavage, au détriment de la sanction pénale; certains diplomates, représentants des pays du monde libre ou des institutions internationales, accompagnent parfois ce carnaval d’enfumage. Cependant :

1- L’Etat mauritanien assure l’impunité totale dans tous les dossiers de crimes avérés d’esclavage : Les plaintes de la petite Ghaya Maiga, Mariem Cheibani et ses filles, deux exemples parmi plusieurs, qualifiés de contrainte esclavagiste par le Parquet et la police, sont sabotées, sur injonction du pouvoir ; juges d’instruction, messieurs Outhmane Mohamed Mahmoud, Moctar Ahmed Dah et Moulaye Ahmed Mohamedhen s’abstiennent d’appliquer la loi, en dépit même des insuffisances de celle-ci. De surcroît, les autorités se gardent de porter assistance matérielle et psychologique, aux personnes à présent émancipées, d’où le retard de leur réinsertion dans une société de normalité moderne. Aucun bourreau n’est exproprié au profit de ses esclaves, malgré des siècles d’humiliation et de violence, y compris le viol des servantes et des cas de mutilations parmi le cheptel masculin.

2- Le gouvernement exerce l’ostracisme contre l’ONG Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M) ; la punition survient en réaction à notre volonté de ne pas accepter de compromission avec les violations de la dignité minimale des gens : depuis le passage du Rapporteur spécial des Nations Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage, à Nouakchott et sa rencontre avec nous, les proches du Président de la république islamique de Mauritanie ont enclenché la diabolisation de l’Ira-M et de ses dirigeants ; nous voici sanctionnés au motif d’avoir livré, à notre interlocuteur onusien, notre part de vérité, en somme un diagnostic sévère mais fidèle quant aux discriminations envers les noirs de Mauritanie. Celles-ci se manifestent encore dans la rue, visibles à l’œil nu, à tous les échelons de la vie civile et à l’intérieur de l’appareil d’Etat. Justice, commandement militaire et de sécurité, économie, banques, tenure des terres de culture, diplomatie et office religieux illustrent la vivacité et la permanence de la ségrégation.

3- Le seul parti capable de créer l’alternance dans mon pays, le parti pour la Refondation et une action globale (Rag), est interdit parce qu’il projette, en vertu du vote libre et de la non-violence, le démantèlement du système d’hégémonie raciale et l’instauration d’un État de droit où la citoyenneté égale et unique, la pluralité ethnique et linguistique, le bannissement de l’obscurantisme et la gouvernance économique transparente sont parmi les orientations principales.

Mesdames et Messieurs, honorable assistance, je vous invite à davantage suggérer aux organismes gouvernementaux et non gouvernementaux accrédités en Mauritanie d’être plus vigilants aux fins de mieux s’imprégner du scandale de l’impunité et de la duplicité et d’en documenter le fil et les manifestations. Nous comptons sur vos observations et propositions pour notre action en vue du règlement définitif, au nom du devoir de solidarité universelle, en face de l’ignominie que je viens de décrire. Je vous remercie.

Libération des militants du parti RAG

27 septembre. Nous apprenons avec soulagement la libération des militants du parti RAG emprisonnés arbitrairement depuis le 21 septembre. L’appel à manifester est cependant maintenu. Nous vous donnons rendez-vous demain mercredi 28 septembre de 12 h à 14h devant l’ambassade de Mauritanie à Paris, afin de protester contre la détention injustifiée subie par Mme Salma Dia, Mme Achour Ghamou, M. Cheikh Vall, M. Hassan Moktar et M. Mohamed Ali.

Ambassade de Mauritanie. 5 rue Montevideo 75016 Paris. Métro ligne 2 station Porte Dauphine.

Merci par avance de votre mobilisation !

Communiqué de presse et appel à manifestation – Arrestation de 5 militants de RAG

Nouakchott. Le 21 septembre 2022 , 5 militants du parti RAG, aile politique d’IRA Mauritanie, ont été convoqués et enlevés par la police politique de Nouakchott puis conduits à Kiffa, à 600 km de la capitale, sans aucune raison alléguée et en dehors de toute procédure judiciaire légale.

Il s’agit de Mme Salma Dia ; Mme Achour Ghamou ; M. Cheikh Vall ; M. Hassan Moktar ; M. Mohamed Ali.

Après avoir vu quelques améliorations en matière de droits humains ces dernières années, la nouvelle présidence Ghazouani, par son gouvernement, promulgue des décrets érodant les réformes précédemment entamées. Le ministre de l’Intérieur refuse de reconnaître le parti RAG . Pour intimider et empêcher toute expression de mécontentement, la population subit à nouveau des arrestations arbitraires.  

Nous appelons à une manifestation et mobilisation générale mercredi 28 septembre 2022 de 12h à 14h dans toutes les sections d’IRA en Europe.

Nous dénonçons avec force les méthodes barbares de la police politique et l’exhortons à libérer immédiatement et sans condition les 5 militants arrêtés. Nous demandons la fin des arrestations arbitraires et le respect de la liberté d’expression des oppositions, ainsi que la reconnaissance du parti RAG.

Toutes les sections d’IRA en Europe appellent à une manifestation et mobilisation générale mercredi 28 septembre 2022 de 12h à 14h.

Les signataires 

IRA FRANCE 

IRA BELGIQUE 

IRA ITALIE 

IRA ESPAGNE 

IRA HOLLANDE

IRA ALLEMAGNE

Un inquiétant retour de l’autoritarisme en Mauritanie

La politique d’ouverture du gouvernement mauritanien aura été de courte durée. En début d’année, la reconnaissance légale d’IRA, l’inculpation pour corruption et la détention de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, puis la tenue à Nouakchott d’un G5 Sahel contre l’esclavage, ainsi que l’annonce de la levée de l’interdiction de partis politiques, avaient donné l’espoir d’un tournant démocratique en Mauritanie. Hélas, ce mouvement a connu un arrêt brutal avec la nomination d’un nouveau ministre de l’Intérieur au mois de mai. Aussitôt ses fonctions prises, Mohamed Ahmed O. Mohamed Lemine a en effet envoyé un émissaire à Biram Dah Abeid pour lui dire qu’à la différence du régime du président Aziz, qui l’avait relâché de prison, celui du nouveau président Ghazouani ne le laisserait pas sortir vivant s’il était à nouveau incarcéré. IRA France-Mauritanie dénonce avec la plus grande indignation ces menaces de mort.

Depuis, une loi limitant la liberté d’expression a été votée par le parlement, où le parti INSAF au pouvoir détient une écrasante majorité. Des blogueurs ont ainsi pu être arrêtés, emprisonnés, condamnés à de lourdes peines. Dénoncer le racisme et les discriminations, critiquer le président et autres autorités, comme tout symbole de l’Etat, sont devenus des délits.

La question de l’état civil reste également un problème fondamental. L’ancien président Aziz ne facilitait pas l’obtention de papiers d’identité par les Haratines ou les Négro-Mauritaniens. Après avoir promis une réforme pour donner des papiers à tous les Mauritaniens, et ouvert des centres d’état civil dans de nombreuses localités, le pouvoir de Mohamed Ould Ghazouani les a fermés, n’en conservant qu’un par département. Ceci oblige à des déplacements trop coûteux pour une partie de la population. Ainsi, de nombreuses personnes se trouvent sans existence civile, sans droit de vote, sans accès aux soins, et leurs enfants ne peuvent être scolarisés.

Si les tenants du système tentent de conserver leurs prérogatives avec ces mesures iniques, la société mauritanienne quant à elle aspire au changement, y compris les jeunes générations arabo-berbères qui semblent de plus en plus conscientes de cette nécessité. Lors d’une tournée à travers le pays, Biram Dah Abeid, président d’IRA, et Oumar Yali, président du parti RAG, ont pu constater l’ampleur de l’adhésion aux valeurs qu’ils portent. C’est sans doute ce qui inquiète le pouvoir en place.

Ne laissons pas ce virage vers la démocratie se transformer en un demi-tour vers l’autoritarisme !

Reportage sur l’atelier de la technique du plaidoyer en faveur les victimes de l’esclavage

Du 04 au 06 juin 2022, s’est tenu un  atelier important  sur la technique du plaidoyer. L’atelier a été animé par le formateur Illia Djadi avec un programme d’une qualité haute.

L’atelier a été financé par le programme de recherche action EMiFo, qui est dirigé par Dr Marie Rodet de l’Université de la SOAS à Londres en collaboration avec le Professeur Bakary Camara de l’Université des Sciences Juridiques et Politiques de Bamako, Dr Lotte Pelckmans de l’Université de Copenhague au Danemark, et les associations maliennes Donkosira et Temedt.

Nos remerciements à l’université de la SOSAS à Londres pour son engagement à former les militants abolitionnistes qui défendent des victimes en risquant leurs vies. L’esclavage coutumier par ascendance n’est pas une fiction, mais une triste  réalité terrible qui crève l’œil dans toute l’Afrique de l’Ouest . Les premières victimes de cette ignominie  sont des enfants et les femmes.

Les intervenants dans notre reportage sont :

Dr Lotte Pelckmans de l’Université de Copenhague au Danemark ;

-Professeur Tidjani Alou du Niger ;

-Donkosira du Mali ;

-ARMEPES-France ;

-RMFP- sections Mali et France ;

-Les femmes de Ganbanaaxu Feddé

Reportage réalisé par  Diko Hanoune SG de l’Association des Haratine de Mauritanie en Europe (A.H.M.E)

Bonne écoute

Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=ft-w5qV3FSY

COLLOQUE DU G5 SAHEL CONTRE L’ESCLAVAGE À NOUAKCHOTT, 16-17 MARS 2022

Les 16 et 17 mars 2022 s’est tenu à Nouakchott un colloque organisé par le réseau G5 Sahel contre l’esclavage sur le thème « Faire de la lutte contre l’esclavage un combat commun et consensuel entre la société civile et les gouvernements des pays du Sahel », sous le haut patronage du président de la République islamique de Mauritanie, Son Excellence Mohamed Cheikh Ghazouani. Le Palais des Congrès de Nouakchott était mis à disposition d’IRA et des autres ONG organisatrices. IRA-France était représentée par Laure Humbel, membre du bureau.

télécharger la brochure finale officielle

Ouverture du colloque, 16 mars 2022

Le titre du colloque est un programme, mais déjà un aboutissement. Qui aurait pensé il y a quelques mois encore que puisse avoir lieu dans la capitale mauritanienne, sous l’égide des plus hautes autorités de l’État, un congrès international de militants anti-esclavagistes et d’experts, sur le thème de l’esclavage au Sahel, et sur l’invitation d’IRA, association qui n’avait aucune existence légale jusqu’à la fin de l’année dernière ? Il faut donc souligner la portée historique de cet événement. Ce signe fort d’un changement d’attitude de la part des autorités mauritaniennes est particulièrement encourageant. Le combat contre l’esclavage est loin d’être gagné, mais le rapprochement des autorités et de la société civile est une étape essentielle dans le processus.

Biram Dah Abeid a accueilli les participants avec un discours d’ouverture prononcé d’abord en hassanya (l’arabe dialectal parlé en Mauritanie) puis en français. Le président d’IRA souhaitait en effet se faire comprendre de l’ensemble de l’assistance qui l’a généreusement applaudi et ovationné. Les militants d’IRA étaient quant à eux présents en grand nombre dans le service d’organisation et sur scène, dans leur costume noir et blanc, une femme et un homme en alternance.

Discours de Biram Dah Abeid et militants d’IRA

Ali Bouzou, Secrétaire exécutif du « G5 Sahel contre l’esclavage », a pris la parole à son tour. Ce réseau, co-organisateur du congrès, a été créé en 2017 à Bamako, par trois associations actives dans la lutte contre l’esclavage, IRA en Mauritanie, TIMIDRIA au Niger et TEMEDT au Mali. Le réseau a pris ce nom en référence au G5 Sahel contre le terrorisme, afin de montrer que la lutte contre l’esclavage n’est pas dirigée contre le pouvoir en place. Il a été rejoint depuis par FESTICHAMS du Burkina Faso, ARED du Tchad et Gran Lekol Filozofi de l’Île Maurice.

Quatre panels ont suivi jusqu’en fin d’après-midi et le lendemain matin, sur les thèmes suivants :
– L’expérience d’organisations de la société civile dans la lutte contre l’esclavage.
– Aspects psycho-sociaux de l’esclavage et leurs ramifications.
– Causes et conséquences de l’esclavage au Sahel.
– Défis et les perspectives de la lutte contre l’esclavage au Sahel.

Le Palais des Congrès de Nouakchott

Sont ensuite intervenus depuis Genève par visioconférence Georgina Vaz Cabral du Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour la lutte contre les formes contemporaines d’esclavage, puis Jean-Marie Kagabo du Bureau international du Travail.

Le reste de la journée a été consacré au travail en vue de l’élaboration du Manuel de lutte contre l’Esclavage. Deux groupes (l’un sur la Mauritanie, le second sur les autres pays du Sahel) se sont d’abord réunis dans deux salles différentes pour définir des propositions sur la base d’un sommaire préétabli, avant que leurs représentants ne viennent exposer à la tribune le résultat de ces discussions de groupe. Il convient de noter que le travail de groupe était ouvert à tout le monde, chacun pouvant y participer librement.

En conclusion, Ali Bouzou, secrétaire général du G5 Sahel contre l’esclavage, a souligné la dimension historique du congrès. Il a donné rendez-vous en avril prochain à Yaoundé pour une rencontre du réseau avec des chercheurs, puis à Niamey en juin pour la validation du manuel et le lancement d’une étude pilote sur 200 personnes pendant 4 ans.

Ali Bouzou, Secrétaire exécutif du Réseau G5 Sahel contre l’esclavage, présente le « Manuel de lutte contre l’esclavage au Sahel »

Le rapport du colloque a été présenté à l’assemblée pour approbation et amendement, avant que Biram Dah Abeid, puis le représentant du Commissaire aux Droits de l’Homme ne prononcent les discours de clôture.

Biram Dah Abeid a rappelé encore une fois combien ce congrès constitue une révolution, avec la réception officielle au palais des congrès d’hôtes dignes qui étaient refoulés jusque là et qu’on ne pouvait recevoir au grand jour.

Le colloque a été suivi d’un voyage à Rosso, terre d’origine de Biram Dah Abeid, qui fera l’objet d’un prochain article.

Voyage de la délégation étrangère à Rosso, 18 mars