Rassemblement du 12 mars à Paris : un succès

Merci à tous ceux qui ont répondu à l’appel à manifester leur soutien aux militants et à l’action contre l’esclavage et le racisme d’Etat en Mauritanie, jeudi 12 mars 2020, devant l’ambassade à Paris.

Voici quelques photos de ce rassemblement très réussi. En attendant de pouvoir à nouveau nous retrouver pour manifester, continuons la lutte en gardant nos distances !

Mais où allez-vous, Aminetou Mint El Mokhtar ?

Communiqué de presse IRA-France le 9 mars 2020

Le 20 janvier 2020, le Secrétaire Général d’IRA France-Mauritanie, Bruno Canivenc, accompagné par des membres d’IRA Mauritanie, a été reçu à Nouakchott par Aminetou Mint El Mokhtar. L’accueil a été chaleureux et amical.

Les échanges ont porté sur le travail mené par l’Association des Femmes Chefs de Famille, sur l’analyse de l’évolution de la situation politique en Mauritanie depuis l’arrivée au pouvoir du Président Ghazouani et de son impact possible sur l’état des droits humains dans le pays. La position de notre hôte était ce jour-là encore sans ambiguïté.

Pour elle, le discours d’ouverture des nouvelles autorités était “destiné aux partenaires extérieurs” et constituait “une manœuvre pour maintenir le pouvoir tribal avec des apparences plus présentables”. Elle en voulait pour preuve le choix répété de cousins du Chef de l’Etat et de marabouts aux compétences douteuses pour de nombreux postes de conseillers.

Elle précisait que le pouvoir du Président était tel qu’il était en mesure de faire appliquer les mesures auxquelles il tenait. Elle disait attendre toujours des décisions allant dans le sens de l’ouverture annoncée … et sa moue désabusée montrait alors clairement qu’elle n’attendait rien.

L’engagement d’Aminetou Mint El-Moktar pour la défense des droits humains donnait un certain poids aux propos de notre interlocutrice, alors que notre délégation s’inscrivait plutôt dans le crédit à donner au nouveau président Ghazouani pour améliorer la situation des droits humains dans le pays.

Et voilà que, peu avant la journée nationale du 6 mars contre l’esclavage et peu après son arrestation et sa garde à vue brutales, circonstances traditionnellement utilisées par les autorités mauritaniennes pour étudier avec les opposants fragilisés les conditions de leur ralliement, Aminetou Mint-El-Moktar dénonce sans aucune preuve les “conditions confortables” du fonctionnement d’IRA, va même jusqu’à prétendre « avoir vu Biram Dah Abeid en prison recevoir des financements du pouvoir sous la présidence Aziz” et lui reproche de « diviser l’opposition ».

Madame El-Moktar, vous nous aviez habitués à plus de dignité ! Après des années de militantisme commun et un séjour de deux semaines à Nouakchott chez Biram Dah Abeid dans le quartier pauvre de Riyad, notre délégation d’IRA France-Mauritanie n’a pas identifié beaucoup de conditions confortables de fonctionnement.

Il est vrai que la possession d’une voiture pour le Président d’une association reconnue par l’ONU, et dans le monde entier sauf en Mauritanie, pour la qualité de son engagement contre l’esclavage et le racisme d’Etat, peut paraître excessive aux yeux d’un pouvoir qui dépense beaucoup d’énergie pour empêcher l’activité d’IRA depuis sa création en 2008.

Il est vrai également que les quatre incarcérations de Biram Dah Abeid (pour un total de 29 mois), les manœuvres d’Aziz pour le faire condamner à mort en 2012 et les innombrables tabassages, arrestations, tortures, condamnations scandaleuses de militants d’IRA, systématiquement dénoncés par les grandes organisations internationales de défense des droits humains sous les présidences d’Aziz, ne nous préparaient pas vraiment à entendre que ce même Aziz finançait IRA et était un ami de Biram!

Tout aussi grave : aucun militant et aucune militante d’IRA ne se souvient de vous avoir jamais vu leur apporter votre soutien et encore moins les visiter quand ils étaient injustement emprisonnés.

Enfin, quand on dit tenir des preuves de ses propos par des confidences d’Aziz, quand on accepte de faire partie d’une délégation à l’Assemblée nationale française en 2016 pour tenter d’édulcorer le bilan d’Aziz sur l’esclavage, au moment même où des militants d’IRA torturés croupissent dans les prisons de Zouerate et Bir-Moghreïn, on peut vraiment se demander qui est l’ami(e) de l’ancien président Aziz…

Nous ne nous attarderons pas sur les divisions de l’opposition, habilement entretenues par le pouvoir mais que Biram était parvenu à surmonter au moment des élections présidentielles.

Soyons un peu sérieux ! Qui pensez-vous abuser par de tels propos ? Mais peut-être devrions-nous plutôt nous poser la question de savoir qui vous manipule et à quelles fins ? Bien sûr, il est de bon ton dans les cercles proches du pouvoir mauritanien d’expliquer à la population que tous les problèmes du pays proviennent de la corruption du Président Aziz.

Mais n’oublions pas trop vite ceux qui sont toujours au pouvoir aujourd’hui et qui l’ont bien accompagné dans ses pratiques malhonnêtes pendant des années. Ils n’ont jamais dit vouloir modifier le système tribal clientéliste.

Ils ont tout intérêt à faire occuper le terrain médiatique par des attaques gratuites contre des opposants, à défaut de pouvoir le remplir par des commentaires sur une quelconque mesure concrète prise pour faire avancer le pays vers plus de justice.

Par contre, il faut absolument chercher à faire taire ceux qui gênent en rappelant trop souvent aux Mauritaniens et à la communauté internationale le socle de discriminations sur lequel repose le pouvoir mauritanien.

Madame El-Moktar, vous savez bien qu’IRA n’a jamais été reconnue et a toujours eu des difficultés financières. Elle doit chercher son financement auprès de ses militants, à travers des prix internationaux obtenus par son Président et parfois à l’aide de ses sympathisants aisés issus de toutes les communautés du pays ; ces derniers sont convaincus que le projet de Biram Dah Abeid d’une Mauritanie juste et fraternelle, au-delà de l’esclavage et des appartenances communautaires, sera la seule voie pour empêcher les violences que prépare l’entêtement des tribus au pouvoir à maintenir leurs privilèges ancestraux coûte que coûte. Espérez-vous vraiment de telles personnes une action efficace pour favoriser l’unité nationale ?

Nous attendons tous maintenant avec impatience des preuves sérieuses et documentées de vos allégations : on n’a pas le droit de salir impunément la réputation de quelqu’un qui, avec des moyens financiers très limités mais une dignité et un courage jamais mis en défaut, se bat, auprès des personnes les plus fragiles de la société mauritanienne pour que cessent l’esclavage et le racisme d’Etat.

Le Bureau d’IRA-France-Mauritanie

Sit-in à Paris jeudi 12 mars 14h

IRA France-Mauritanie appelle tous les Mauritaniens et Mauritaniennes, amis , sympathisants et bonnes volontés à se joindre au sit-in qu’elle organise le jeudi 12/03/2020 de 14h à 16h30 près de l’ambassade de Mauritanie à Paris, au 5 rue Montevideo Paris 16ème.

Ce sit-in est organisé dans le cadre d’un plan d’actions qui a pour but de dénoncer la violence des forces de l’ordre exercée sur nos concitoyens.

– Nous exigeons l’arrêt immédiat de toute intimidation policière envers les militants des droits de l’homme .
– Nous dénonçons l’esclavage, le racisme d’état et l’apartheid érigés en système de gouvernance en Mauritanie

Nous souhaitons la présence massive de tous les épris de justice et de droits humains à ce sit-in.

Paris le 06/03/2020

ImageBiram

Mauritanie : la Commission Nationale des Droits de l’homme et l’apartheid

Communiqué d’IRA – BELGIQUE

A quoi sert une Commission Nationale des Droits de l’Homme ?
En Mauritanie, à privilégier les droits d’une minorité

C’est par un décret présidentiel qu’en juillet 2006 Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, le seul président élu démocratiquement en Mauritanie, a institué la CNDH (Commission Nationale des Droits Humains). A l’époque, des défenseurs notoires des droits humains en font partie, comme Boubacar Messaoud, Président de SOS Esclave et Fatimata Mbaye, Présidente de l’Association mauritanienne pour les Droits de l’Homme.

Après le coup d’état de 2008, le pouvoir militaire instrumentalise cette Commission. Les membres militants des droits humains sont remplacés par des ONG fantoches qui ferment les yeux sur les problématiques soulevées par beaucoup d’acteurs de la société civile.

Dans son rapport d’octobre 2017 soumis au Comité des Droits de l’Homme aux Nations unies à Genève, la Fondation Alkarama souligne le manque de transparence et de clarté dans le processus de désignation des membres de la CNDH, constate l’absence de représentativité et de diversité des membres puisqu’aussi bien seuls trois types d’ONG sont sélectionnés ( celles militant pour les enfants, les femmes et les personnes handicapées), et indique surtout que la CNDH se concentre sur les droits économiques et sociaux au détriment des droits civils et politiques des citoyens mauritaniens.

En conséquence, le SCA (Sous-Comité d’accréditation des Institutions nationales des Droits de l’Homme) a estimé que la CNDH mauritanienne n’était pas 100% conforme aux Principes de Paris adopté en 1993 par l’Assemblée générale des Nations unies. Son statut A a été rétrogradé en statut B, statut en passe d’être revisé prochainement.
https://www.alkarama.org/fr/articles/mauritanie-lexamen-de-la-commission-nationale-des-droits-de-lhomme-reporte-lautomne-2017

Durant la décennie du mandat du Président Mohamed Ould Abdel Aziz (2008-2019), le mouvement de l’IRA a été dans la ligne de mire de la CNDH hostile au discours anti-esclavage et anti-discrimination de ses militants. Le pouvoir exalte une société unie, homogène, des citoyens libres, sans problèmes spécifiques si ce n’est ceux communs à toutes les sociétés. Ces revendications qualifiées d’un autre âge ternissent l’image du pays aux yeux de la communauté internationale.

C’est l’époque où quelques militants de l’IRA cèdent aux sirènes du pouvoir en échange d’une gratification. C’est l’époque où la CNDH appelle à l’élimination physique de Biram Dah Abeid, le Président de l’IRA, parce qu’il a incinéré publiquement les textes apocryphes de l’islam codifiant l’esclavage. C’est l’époque où une délégation de la CNDH se rend à New York pour demander à l’ONU de ne pas accorder le Prix des Nations unies des Droits de l’Homme à Biram Dah Abeid. Prix dont il a effectivement été honoré en décembre 2013, comme l’ont été les Martin Luther King et Nelson Mandela.
Et, comble de cynisme pour une Commission censée œuvrer pour les droits humains, la CNDH réclame la peine de mort contre le blogueur Mohamed Cheikh Mkhaitir, accusé de blasphème et d’apostasie, et heureusement défendu par Amnesty International et Human Rights Watch.

Commission des Droits de l’Homme ou porte-parole d’un Etat autocratique ?

Apartheid : insulte ou vérité ?

L’attribution le 18 février dernier du Prix du Courage à Biram Dah Abeid lors du Sommet pour les Droits de l’Homme et la Démocratie à Genève va déclencher une campagne de lynchage médiatique contre l’IRA. Campagne déclenchée par cette même CNDH.

Lors de son discours devant l’assemblée onusienne, Biram Dah n’a pas pourtant pas changé de plaidoyer. Il a rappelé la permanence d’un système de gouvernance où une ségrégation structurelle écarte les Noirs Mauritaniens de toutes les sphères de la société. En 2017 déjà, le Rapporteur spécial des Nations unies, Philip Alston indiquait que les Haratines et les Afro-Mauritaniens sont systématiquement absents de toutes les positions de pouvoir réel et exclus de nombreux aspects de la vie économique et sociale alors que ces groupes représentent plus des deux tiers de la population.
https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G17/053/84/PDF/G1705384.pdf?OpenElement

Et rien n’a changé aujourd’hui. Aucun Afro-Mauritanien ne figure dans les cadres de l’armée, des douanes, de la police, de la sureté de l’Etat ni de la justice. Partout les Maures blancs, dits Beydane, occupent ces postes décisionnels.

Mais ce qui a mis le feu aux poudres à Genève, c’est le terme utilisé par Biram Dah Abeid pour qualifier cette situation : apartheid. Si rien dans le droit mauritanien n’organise un développement séparé sur base d’une supériorité de race comme ce le fut en Afrique du Sud, si les lois mauritaniennes proclament l’égalité des citoyens et pénalisent la ségrégation au motif de l’identité et de l’ascendance, rien dans les faits ne respecte ces nobles principes. Alors que « apartheid » ne signifie rien d’autre que « mis à part », la réalité objective est sans appel : les Noirs Mauritaniens sont « mis à part » dans leur propre pays.

Le Président de la CNDH, Ahmed Salem Ould Bouhoubeyin, a immédiatement réagi le 21 février en revendiquant l’exclusivité de la lutte pour les droits de l’homme à la CNDH, reléguant ainsi Biram Dah Abeid dans le clan des nationalistes agitateurs.
https://www.youtube.com/watch?v=YUAH4A1M6QM

Les droits de l’homme sont pourtant des valeurs universelles, les restreindre à l’analyse d’un seul pays est en soi antinomique, voire soupçonnable.

Cette déclaration de la CNDH a ouvert la porte à un déchaînement de violences verbales. Le chef d’un parti suprématiste, Daoud Ould Ahmed Aicha, va jusqu’à évoquer une collusion juive visant à accaparer les richesses gazières de la Mauritanie. La Fondation Raoul Wallenberg est accusée d’avoir « créé le personnage de Biram Dah Abeid » pour déstabiliser la Mauritanie et fomenter l’éradication de l’islam.
Des voix s’élèvent pour « imposer les peines les plus sévères aux abuseurs de la patrie et de ses symboles, en commençant par le Député Biram Dah Abeid ».
Le site mauritanien du CRIDEM résume ce déferlement d’accusations mensongères en titrant le 23 février : « Il faut « abattre » le soldat Biram ».
http://cridem.org/C_Info.php?article=733089

Il n’y a que la vérité qui blesse

C’est évident : le terme « apartheid » est un mot qui fait mal à la Mauritanie.
Mis à part sa connotation juridique, apartheid signifie ségrégation, discrimination, exclusion. Un système sociétal pérenne en Mauritanie que l’hypocrisie et l’amour-propre des autorités s’évertuent à camoufler.

La brèche est ouverte mais tenter d’étouffer une voix respectée dans le monde qui dénonce le statu quo discriminatoire de la société mauritanienne est voué à l’échec.
Fidèle aux principes de non violence que l’IRA respecte depuis 2008, Biram Dah Abeid poursuivra son combat tant que la question de l’égalité des citoyens mauritaniens ne sera pas entièrement résolue.

N’empêche que cette campagne de diabolisation soulève les inquiétudes quant à la sécurité de Biram Dah Abeid, ses partisans et compagnons de lutte. Certains brandissent le spectre d’une insurrection de Noirs mauritaniens. D’autres prônent une partition du pays.

Et si le terme d’apartheid a provoqué un tel tollé en Mauritanie, n’est-il pas opportun aujourd’hui que les autorités envisagent l’étape suivante : l’installation d’une Commission Vérité et Réconciliation.
Pour garantir l’avenir de l’Etat mauritanien.
IRA Belgique
Bruxelles, 2 mars 2020
Contact : (32) 478 503 727 et 0492/504 092

Communiqué de presse du réseau des IRA en Europe

24 février 2020

     Il en faut de la conviction pour dénoncer les violations des droits humains dans son pays quand ceux qui tiennent tous les leviers du pouvoir annoncent une nouvelle ère favorable à la liberté d’expression. Mais ils se gardent bien d’autoriser une ONG anti-esclavagiste reconnue par les plus hautes instances internationales pour son sérieux et ses méthodes pacifiques, ils arrêtent des militants des droits humains qui osent, chez eux, parler de politique. Ils s’empressent enfin de susciter un lynchage médiatique de celui qui ose dénoncer l’organisation d’une société qui, de fait, discrimine systématiquement certaines communautés nationales.

   Il en faut de la détermination, après quatre emprisonnements injustes, pour continuer à agir au quotidien grâce à un engagement sans faille dans son pays à tous les niveaux, auprès des plus défavorisés, pour les aider à comprendre le système qui les opprime, pour leur proposer des actions pacifiques de protestation quand les lois sont bafouées et pour leur donner des raisons d’espérer dans une société plus juste et fraternelle.

Il en faut de la responsabilité, alors que les forces de l’ordre se positionnent dans Nouakchott l’été dernier, après la proclamation prématurée de résultats controversés aux élections présidentielles, pour reconnaître la victoire de son adversaire et appeler au calme tous ceux qui souhaitaient exprimer leur colère dans la rue face à ce nouveau déni de démocratie, bien vite soutenu par quelques gouvernements occidentaux fort mal inspirés.

Il en faut de l’abnégation pour poursuivre le combat contre l’esclavage et le racisme d’Etat alors que le pouvoir mauritanien promulgue des lois contre l’esclavage, crée des tribunaux spéciaux contre l’esclavage salués par la communauté internationale et organise l’impossibilité de fonctionnement de ces tribunaux en évitant de leur transférer le moindre dossier. Les Etats-Unis qui ont sanctionné financièrement la Mauritanie pour non-respect des droits humains s’en sont émus et demandent des progrès dans cette direction : il est vrai que leur histoire douloureuse peut en faire des partenaires exigeants sur le sujet.

Il en faut de l’énergie pour prendre au mot le pouvoir mauritanien qui dit vouloir organiser un dialogue national avec l’opposition, écoute certaines revendications et demande ensuite de toujours croire en sa bonne volonté alors que perdurent des fonctionnements inacceptables et que tardent des décisions montrant une évolution vers plus de démocratie et de justice sociale.

Oui, il en faut du courage pour tout cela ! Et c’est bien ce qu’ont reconnu toutes les ONG organisatrices du 12ème Sommet de Genève pour la Démocratie et les Droits de l’Homme le 18 février dernier en décernant à Biram Dah Abeid le Prix du Courage 2020.

Et quand on a ce courage-là, alors bien sûr on dénonce inlassablement la persistance de l’esclavage par ascendance, et à partir de situations récentes que personne ne peut démentir, on rappelle que maintenant en Mauritanie, les victimes d’esclavage mineures sont reconduites chez leur maître quand elles s’enfuient, avec la complicité de la police et de la justice qui se garderont bien d’inquiéter les maîtres. Mais pour le Président de la CNDH, qui devrait être le premier à les dénoncer, « l’apartheid et l’esclavage sont des choses dépassées » en Mauritanie. On nous explique par ailleurs que la justice ne reçoit pas ses ordres du pouvoir. Voilà donc bien un domaine dans lequel les mauvaises habitudes de la décennie passée ont pu être vite corrigées !

Quand on a ce courage-là, on met aussi ses compatriotes et les autorités de son pays devant la réalité du fonctionnement de la société mauritanienne. Malgré des lois garantissant l’égalité des citoyens, cette société accepte que des communautés vivent séparées, en évitant soigneusement aux populations noires l’accès à un minimum de développement et de justice sociale, un résultat bien proche de celui obtenu par des lois iniques dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Et comme le sujet n’intéresse pas la classe politique nationale quand on en parle pendant la campagne présidentielle, on le dit à l’étranger : cela semble inciter des personnes ayant intérêt au statu quo et le pouvoir à réagir très vite et à susciter l’organisation d’une polémique violente. Telle n’est pas l’image du pays qu’il faudrait donner à la communauté internationale … mais cette fois, le débat est lancé ! Et on aura bien du mal à trouver dans les décisions prises en Conseil des Ministres depuis plusieurs mois des exemples envoyant des signaux de la prise de conscience de l’injustice faite à une partie de la population et de la volonté politique d’une action déterminée pour corriger ces injustices héritées du passé. Il y a bien là pourtant un grave “préjudice à l’unité nationale et à la cohésion sociale”.

Les associations constituant le Réseau des IRA en Europe
– demandent aux autorités mauritaniennes de mettre en œuvre rapidement des mesures montrant leur volonté réelle d’ouverture démocratique, en particulier dans le domaine de l’esclavage et des discriminations raciales ;
– dénoncent les attaques violentes formulées contre Biram Dah Abeid et demandent aux autorités mauritaniennes de respecter et faire respecter le principe démocratique garantissant à un opposant et à un élu du peuple la liberté d’expression et la sécurité ;
– demandent aux autorités mauritaniennes, au nom du respect des droits humains, la reconnaissance d’IRA-Mauritanie qui ne cesse de vouloir faire appliquer les lois de son pays sur l’abolition de l’esclavage.

Signataires* :
IRA France-Mauritanie, IRA Pays-Bas, IRA Italie, IRA Allemagne et IRA Espagne

*IRA Belgique prépare un Communiqué de Presse légèrement différent, cautionné par l’UNPO

« Un apartheid en Afrique de l’Ouest »

Lors d’une conférence de presse donnée à Genève le 18 février 2020, Biram Dah Abeid dénonce un « apartheid en Afrique de l’Ouest »

Transcription de la conférence de presse :

« Je m’interroge sur la viabilité des droits inscrits dans la Charte des Nations Unies, alors qu’un pays comme la Mauritanie est membre du conseil des droits de l’homme, alors que ce pays est un apartheid implanté en Afrique de l’Ouest. C’est un apartheid arabo-musulman car ce sont des personnes, c’est une minorité ethnique qui a une élite militaire qui s’est accaparé le pouvoir, une aristocratie militaire depuis 1978 qui a implanté un apartheid chez nous au cœur de l’Afrique, et qui utilise l’arabité, l’ethnicisme arabe et la religion islamique, pour opprimer une majorité noire et aussi des intellectuels arabes qui sont pour la liberté et pour l’égalité. Ce régime a tenté de changer la démographie de la Mauritanie en tuant une partie des noirs, en les chassant du pays,  donc dans une tentative de génocide.

Ce pays institutionnalise l’esclavage jusqu’à nos jours, l’esclavage par ascendance, il y a un partie de la population mauritanienne qui naît esclave, et les crimes d’esclavage qui sont pratiqués, le travail sans repos, sans salaire, sans soins, la mise en péril de la scolarité des enfants, le travail des enfants, les travaux forcés, le viol systématique des femmes africaines esclaves, tout ceci est inclus dans ce qu’ils appellent la « charia islamique », et des personnes sont poursuivies pour apostasie, pour blasphème, et sont condamnées à mort pour ça, alors qu’en vérité, c’est se rebeller contre les lois sociales inégalitaires, les lois d’apartheid.

Le code négrier, le code noir, qui a été aboli en Europe depuis 1848, c’est un code qui est vivace chez nous, et qui est considéré comme une charia sacrée, et que moi j’ai offert au feu, j’ai brûlé dans un acte de rébellion, dans un acte de dissidence politique, idéologique et religieuse, ce qui m’a valu la peine de mort, et plus de 4 mois dans le couloir de la mort. Je n’ai pu sauver ma vie qu’avec la mobilisation de la population interne et des amis à l’étranger dans les organisations internationales des droits de l’homme.

Et c’est un pays qui est soutenu par les pays des droits de l’homme, la France, l’Espagne… L’Union européenne est le premier partenaire commercial, économique et financier de la Mauritanie, et le bailleur de fonds n°1, l’Union africaine est le premier soutien diplomatique de ce pays qui institue l’apartheid en Afrique de l’Ouest, et les États-Unis d’Amérique sont les premiers soutiens militaires et sécuritaires de ce pays.

Il y a une minorité qui dirige. Nous avons opté pour la non-violence, la lutte non-violente, et nos partis, nos mouvements sont interdits, comme l’ANC était interdite en Afrique du Sud. Aux dernières élections, j’ai pu être élu au Parlement car j’ai utilisé un autre parti parce que notre parti est interdit. Quand ma candidature a été validée, on m’a mis en prison, pour empêcher que je fasse campagne. J’ai été élu député depuis une cellule de prison, noire, insalubre, sans pouvoir faire la campagne. Et malgré mon élection comme député, je suis resté en prison pendant 4 mois, malgré mon immunité palementaire. Et quand je suis sorti de prison, on a engagé les élections présidentielles que nous avons gagnées car la mobilisation populaire nous a permis d’amener le parti de l’armée et de l’oligarchie de l’apartheid au deuxième tour. Mais il y a eu un coup d’état électoral dans lequel la France et l’Espagne ont joué le rôle n° 1. Lorsque les militaires hésitaient à déclarer que leur candidat était gaganant, la France et l’Espagne ont pris les devants pour reconnaître l’élection du candidat de ce parti de l’esclavagisme et du racisme, de l’obscurantisme. C’est la France et l’Espagne qui ont déclaré reconnaître l’actuel chef de l’Etat gagnant, alors que les institutions mauritaniennes n’avaient même pas encore déclaré les résultats. C’est ce qui a permis aux détenteurs du pouvoir de faire un coup d’état qui élimine le peuple de la direction des affaires du pays. Nous sommes interdits politiquement. Notre association IRA Mauritanie est interdite. On fait de la prison. L’esclavage continue de manière ancestrale, la discrimination raciale, l’oppression des consciences, l’oppression religieuse, et c’est le monde libre qui soutient les gens qui enfreignent les lois des Nations-Unies, et les Nations-Unies continuent d’accueillir la Mauritanie dans leur conseil des droits de l’homme, et les bailleurs de fonds comme l’Union européenne, les États-Unis d’Amérique, la France, et les autres pays, continuent encore à donner de l’argent et du soutien diplomatique et matériel à ce pays. Je vous remercie »

Allocution de Biram Dah Abeid, lauréat du Prix du Courage 2020 au Sommet de Genève

Mesdames et Messieurs les membres de la coalition Sommet de Genève,

Chers membres du jury, honorable assistance,

La session 2020 du « Sommet de Genève, pour les droits humains et la démocratie » me décerne, aujourd’hui, le diplôme du courage. Que l’honorable jury reçoive ma gratitude. Cependant, je souhaite exprimer une nuance : lorsqu’enfant, vous expérimentez l’injustice, l’héritez de vos aïeuls et risquez de la transmettre à votre descendance, l’affronter ne relève plus d’une option. Résister, tient, ici, de l’impératif de survie ; parce qu’il subsiste en vous un brin d’espoir, un résidu de volonté, votre humanité vous commande de vous battre, par réflexe ; votre corps et l’esprit qu’il abrite, même meurtris, vous enjoignent de relever la tête. Voici pourquoi, je ne pense mériter une si prestigieuse médaille ; nul ne doit être félicité d’aspirer – et d’agir – à une existence de bonheur et de paix, à l’ombre de l’équité.

Nous autres, noirs de Mauritanie, rejetons d’esclaves depuis des siècles ou victimes plus récentes de ségrégation, savons la rançon des efforts de relèvement que nous intime la lucidité de notre état. A l’image de tant de nègres au fil du temps et des civilisations, j’ouvrais les yeux sur le constat brutal de mon infériorité, laquelle m’expliquait-on, procède de ma peau sombre, des origines païennes de mes ancêtres et de la volonté de Dieu. Vous le voyez, un si mauvais départ ici-bas, m’exposait à devenir, tôt ou tard, l’ennemi public de quelqu’un. A partir de 2008, année de création de l’Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), j’ai cessé de fuir le déterminisme de la lutte et accepté la fatalité du sacrifice.

Au bout d’une décennie de manifestations réprimées, de condamnations, d’emprisonnement et de maltraitance dans les geôles d’un Etat digne de Hobbes, mes camarades et moi, subissions la conséquence prévisible de notre acharnement à refuser, récuser et vouloir déconstruire l’hégémonie raciale. En septembre, Ghaya Maiga, une esclave de 14 ans que ses maîtres exploitaient et frappaient, leur sera finalement livrée après audition par le juge d’instruction, malgré l’opposition ferme du procureur de la république. Ils s’empressèrent de la conduire, dans leur village, à plus de 800 kilomètres et postèrent des images et messages de victoire, sur les réseaux sociaux ; dans le passé proche, au service d’une frange de nos compatriotes, nos parents, gardaient le bétail, creusaient le puits, préparaient la nourriture et la couche, accompagnaient les caravanes sous le soleil ardent, pieds nus, sans salaire ni horaire de travail. Nos femmes, à peine vêtues, se prêtaient au viol ; notre progéniture servait de cadeau de noce ou de naissance. Dispersés en guise héritage, aux quatre points cardinaux, nous étions vendus et troqués, contre une génisse, un dromadaire, une perle en pâte de verre, un anneau de cheville ou une amulette miraculeuse. Voici, résumé, l’univers mental où, adolescent, je me retrouvais, en demeure de forger une identité et imaginer un avenir.

En avril 2012, las de m’inscrire, à chaque occurrence, dans la rhétorique des sacralisations imposées par nos maitres, je décidais, après la prière du vendredi, de brûler, devant témoins, les livres dits de « droit musulman » qui codifiaient l’institution de l’esclavage. Aussitôt, les foules fanatisées submergèrent les mosquées et les rues, exigeant ma crucifixion ; des semaines durant, les médias publics et privés leur offriraient le monopole de la parole et le Chef de l’Etat de l’époque vint cautionner l’appel au meurtre. Arrêté au grief de rébellion vis-à-vis de Dieu, je n’ai dû mon salut qu’à la mobilisation de mes frères et de nos soutiens extérieurs. Je ne regrette un tel geste et le referais, volontiers. Pour une raison qui m’échappe encore, les ambassadeurs du Maroc et de Russie me blâmèrent en public et celui de la Syrie me défendit, à la télévision du gouvernement. Aucun représentant du Monde libre ne m’apporta le soutien auquel je m’attendais, au nom des valeurs de laïcité, de l’idéal républicain ou du devoir d’ingérence. Je vous épargne le récit sordide des humiliations et des sévices, dans une cellule de moins de deux mètres carrés, par temps de canicule, jour et nuit. Ironie du sort, c’est de ma cellule, que je fus élu député, dès septembre 2018. Les soldats en charge de me surveiller m’ont paru tristes de leur réclusion dans l’univers carcéral ; je les quittai, sans trop de regret mais avec un brin de pitié. Depuis décembre 2010, j’ai vécu quatre détentions préventives. Mon organisation, toujours interdite, avoisine le record d’une vingtaine de procès. Aucun de nos tortionnaires n’a été inquiété.

A l’élection présidentielle de juin 2019, je talonnais l’actuel Chef de l’Etat, alors candidat des notabilités tribales et de l’armée. Malgré l’attestation massive de la fraude, je reconnus, le résultat erroné du vote. Ainsi, évitais-je, à mon bercail vulnérable, l’autodissolution dans une crise qui le livrerait au djihadisme, en embuscade alentour. Aux nouvelles autorités, j’ai tendu la main du dialogue ; je m’obstine à obtenir, d’abord, la reconnaissance d’associations et de partis réfractaires à la discrimination envers les noirs de filiation subsaharienne. Nous œuvrons à abroger la loi d’amnistie qui protège, depuis 1993, les auteurs de déportation de masse, de torture et de tuerie, forfaitures commises entre 1986 et 1991, au titre d’une tentative sanglante de changement de la démographie et d’effacement de la diversité linguistique, pour que la Mauritanie, enfin “arabisée”, tournât le dos au Sahel, sa vocation. Permettez-moi, ici, de vous montrer deux visages des victimes de la tentative de purification ethnique en Mauritanie : Houleye Sall, âgée de 80 ans, s’obstine, depuis bientôt trois décennies, à obtenir la réhabilitation de son fils unique. Un parmi des centaines d’autres suppliciés, le lieutenant Abdoulaye Sall mourut, à 31 ans, d’un écartèlement entre deux voitures en mouvement, sur ordre de ses supérieurs au sein de l’armée.

Nous ne pouvons que souligner le paradoxe qui consiste à ce que l’Etat Mauritanien, au lieu qu’il soit porté par son entrée récente en janvier 2020 au Conseil des Droits de l’Homme, à respecter ses engagements, bafoue allégrement la dignité des humains et viole leurs droits jusqu’aux plus élémentaires.

Notre souffrance n’est en rien imputable à l’Occident, encore moins à la colonisation ou à la traite négrière. Elle nous vient de l’intérieur de nos sociétés d’Afrique, sous influence de l’Orient. Comme nos géniteurs et leurs devanciers, nous endurions la persécution, infligée par nos concitoyens arabo-berbères ; pourtant, ensemble, nous partageons, la foi religieuse, le culte et souvent la langue.

Sur un autre front, nous continuons à réclamer l’accès équitable à l’état-civil et aux listes d’électeurs car nous habite la certitude de représenter une majorité d’au moins 70% de la population ; le poids des suffrages, un jour, obligera nos juges à cesser de couvrir le crime d’esclavage et de banaliser le « négrocide » ; ils glorifieront le droit international, accepteront un minimum d’universalité et renonceront aux feintes du relativisme culturel. Un jour, la Mauritanie abrogera l’article 306 du code pénal dont le zèle post-coranique punit de mort, séance tenante, le refus de prier, le blasphème et l’apostasie, sans possibilité de repentir. J’ai failli en mourir. Appliquer les lois de Daesh et prétendre combattre le terrorisme relèvent de l’aporie et d’un mensonge létal. Mon pays, la Mauritanie constitue, à présent, l’environnement favorable à l’instauration d’une théocratie islamiste. Cette vérité taboue, je l’assume devant vous, aujourd’hui, en qualité de lanceur d’alerte.

Je salue, ici, les centaines de jeunes, les dizaines de lettrés et d’intellectuels, braves dissidents, issus des féodalités que nous nous acharnons à défaire ; ils portent haut et loin, l’élan de générosité et de volontarisme où je puise l’intensité et la constance de l’argument. Avec votre permission, je leur dédie ce prix du courage.

Honorable assistance, la distinction de l’année consolide mon engagement sur la voie de l’alternance pacifique, grâce au pouvoir des urnes. Certes je ne puis respecter les valeurs de qui m’opprime mais, jamais, je n’encouragerai un coup d’Etat, une sédition ou un quelconque usage de la force. Les mots, vecteurs d’idées subversives et de propositions de réforme, restent nos armes exclusives. Nous voulons persuader au lieu de susciter la crainte. La peur mène à la surenchère, la surenchère tue et nous aimons la vie. Je vous remercie.