Quelques jours après l’élection présidentielle

Kaedi n’a pas été la seule ville  à subir des arrestations massives suivies de disparitions et d’une répression sanglante  mais il a fallu quelques jours et le rétablissement d’internet pour que les chiffres en soient connus .

Bilan établi par Biram Dah Abeid :
1500 personnes environ ont été arrêtées par la police et la gendarmerie au cours des manifestations : plusieurs centaines de personnes à Nouakchott, 300 à Nouadhibou et autres villes de la vallée, 200 à Sélibaly et 70 dans le Gongol et le Brakna auxquelles il faut ajouter les arrestations de Kaedi. Selon une information du Cridem, la plupart de ces personnes ont été libérées  le 8 juillet (sauf les étrangers), lorsque le calme a été rétabli dans le pays.

7 morts à Kaédi dont:
Abass NDIAYE
Ghassoum OULD BRAHIM
MOHAMED
Amadou DiOBEL dit Mbaré
Harouna Mody DIALLO
Aliou Issaga BÂ

Certains sont décédés dans le commissariat sous la torture, d’autres à l’hôpital, nous n’avons pour l’instant que 6 noms.

Rien ne peut justifier la vague de violence et de répression qui s’est abattue sur la ville à la suite de la manifestation des jeunes exprimant leur joie devant les résultats obtenus par leur candidat Biram Dah Abeid. Les forces de l’ordre se sont livrées à une véritable chasse à l’homme dans les rues et jusque dans les maisons.

Le Collectif des Anciens tenus Politiques Victimes de la Torture a déclaré que les manifestants ne s’étaient pas attaqués aux forces de l’ordre, qu’il n’y avait eu ni pillage ni attaque de biens publics ou privés contrairement aux affirmations des autorités qui ont tenté de justifier leurs actes par des allégations de violences et de troubles graves à l’ordre public.

Réaction des Mauritaniens de la diaspora :

Mauritanie : Résultat de l’élection présidentielle

Le résultat de l’élection présidentielle est maintenant connu, le président Ghazouani est réélu  avec 56% des voix, sans surprise lorsqu’on sait qu’il avait déclaré qu’il ne laisserait pas la gouvernance de son pays à d’autres mains que les siennes. Tout était en place pour qu’il en soit ainsi.

Une élection très encadrée
L’ensemble du processus électoral était sous la responsabilité de la Commission Electorale Nationale Indépendante contestée par l’ensemble des candidats  pour son absence d’indépendance( ses membres ont été nommés par le président puis cooptés ).
Dans une conférence de presse du 1er juillet Biram Dah Abeid, chef de la coalition anti-système qui a lui même obtenu 22,54 % des voix a rejeté les résultats des élections promulgués par la CENI, menaçant de descendre dans la rue. Une brève manifestation de jeunes a eu lieu à Sebkha, le ministre de l’intérieur s’est félicité  d’avoir maté la rébellion et ramené le calme. 

Le rôle de la CENI
Rappelons tout d’abord que la CENI n’avait autorisé qu’un seul bureau de vote par continent et que certains  mauritaniens de la diaspora n’ont pu exercer leur devoir électoral  du fait de l’éloignement. A quelques jours du scrutin, des bureaux de vote ont été fermés dans des lieux supposés favorables à l’opposition si bien que l’on peut se demander si les autorités n’ont pas cherché à éliminer certains électeurs .
Le 23 juin dernier, la coordination des mandataires des candidats de l’opposition démocratique, refusant le monopole exercé par la CENI  avait proposé des mesures dans le but de garantir la transparence et la régularité des élections, mesures refusées .
Durant la journée de samedi les états majors de campagne de trois candidats ont signalé diverses anomalies au cours des opérations de vote en plusieurs lieux : des cartes utilisées jusqu’à quatre fois,  ailleurs,  certains citoyens n’ont pu voter, leur carte ayant déjà servi . Des témoins ont rapporté également que des personnes avaient reçu de l’argent et des bulletins de vote de la part des autorités, certaines se sont vu promettre des faveurs en échange de bulletins de vote,  d’autres se sont plaintes de menaces .
Des membres de partis d’opposition ont pu attentivement surveiller le déroulement du scrutin mais d’autres ont été expulsés des bureaux de vote (à Akmi par exemple, commune d’Ain Ahl Taya).   Des vérifications sont en cours actuellement pour comparer les listes d’électeurs et le nombre de votants dans certains villages.
La CENI a été informée de ces comportements  graves compromettant l’équité des résultats.

Le jour d’après : arrestation des leaders de la campagne
Lundi, le directeur de campagne de Biram Dah Abeid , M Yacoub Ould Lamrabott, a été arrêté brutalement par la police et emmené dans un lieu inconnu, tout comme M. Bakary Tandia, directeur exécutif du conseil des présidents qui a disparu depuis plus de 48H. Ainsi les deux leaders de la campagne du candidat Biram Dah Abeid sont actuellement disparus et  le siège de la coalition  pour le changement est   investi par les forces de l’ordre.
Biram Dah Abeid, mettant en doute la crédibilité des chiffres publiés par les membres de la CENI qu’il accuse d’être partisans de Mohamed Ould Ghazouani dénonce un coup d’état électoral.

The Mauritanian Network for Human Rights appelle les pays de l’Union Africaine , les U.S.A., la Fédération de Russie, les pays de l’Union Européenne, les pays de la Ligue Arabe, à ne pas féliciter un candidat qui n’aurait pas été choisi par le peuple mauritanien à travers un processus électoral libre et équitable.

Et maintenant ? (4 juillet)

Arrestations, tortures et décès dans un commisariat.
Plus de 300 personnes ont été arrêtées dans différents quartiers de Nouakchott et à Nouadhibou au cours de troubles post-électoraux ayant suivi l’annonce de la victoire du président Ghazaoui. Les forces de police et de gendarmerie lourdement armées ont réprimé les manifestations pacifiques avec la plus grande brutalité.
A Kaédi, ville martyre, une manifestation pacifique de jeunes, trompés par une fausse nouvelle de la victoire de Biram et exprimant leur joie a été sauvagement réprimée, suivie d’une chasse à l’homme jusque dans les maisons.
A la suite de leur arrestation deux jeunes gens d’une vingtaine sont morts sous la torture dans le commissariat et un autre à l’hôpital. Ces décès doivent absolument faire l’objet d’enquêtes et ne doivent pas rester impunis car il s’agit d’assassinats. Deux membres des forces de l’ordre ont été blessées également.
Les directeurs de campagne ont été libérés (pourquoi avaient-ils été arrêtés?) .

Reprise de la vie politique
Alors que certains candidats reconnaissent la victoire de Ghazaoui, Bira Dah Abeidm  persiste dans son refus et  relève les anomalies qui ont marqué le déroulement du scrutin et abouti à des résultats frauduleux : procès verbaux falsifiés,  plus de votants que  d’inscrits, mais aujourd’hui il faut aussi analyser  des méthodes beaucoup plus sophistiquées  permettant de fausser des résultats, ce qui prendra du temps.
Au cours d’une conférence de presse Biram Dah Abeid a exprimé son étonnement devant une telle flambée de violence de la part d’un président  victorieux et s’interroge pour savoir qui est le véritable  dirigeant de la Mauritanie : le ministre de l’Intérieur ou le président ? 

 La volonté normale de   vouloir maintenir  l’ordre public ne doit pas faire oublier que manifester pacifiquement  est un droit constitutionnel et que rien ne justifie la brutalité des forces de l’ordre armées devant  des personnes sans armes et encore moins l’assassinat de trois jeunes gens dans un commissariat.

à lire aussi sur le sujet : https://www.france24.com/fr/afrique/20240703-contestation-post-%C3%A9lectorale-en-mauritanie-trois-morts-%C3%A0-la-suite-d-%C3%A9meutes

https://www.lemonde.fr/afrique/article/2024/07/03/en-mauritanie-trois-morts-a-la-suite-d-emeutes-sur-fond-de-contestation-post-electorale_6246425_3212.html

              Election présidentielle du 29 juin

Des nouvelles de la campagne électorale
Le 29 juin prochain les Mauritaniens éliront leur président de la république, tous les membres d’IRA suivent avec la plus grande attention cette campagne  avec l’espoir de voir parvenir leur président d’honneur Biram Dah Abeid au siège suprême. Cette situation bien particulière ne doit pas faire oublier que l’association n’est pas un parti politique mais avant tout une association de défense des droits humains et se doit à ce titre de rester vigilante devant le déroulement de la campagne sachant que les institutions chargées de l’organisation des élections sont verrouillées, du conseil constitutionnel à  la Commission Electorale Nationale Indépendante constituée de militants du parti.

Le Président sortant et candidat à sa propre succession promet de ne pas laisser le pouvoir en d’autres mains que les siennes.

Incidents avant la campagne
Le gouvernement en place avait, dès le départ, manifesté sa volonté d’enrayer tout ce qui pouvait conduire Biram Dah Abeid et la coalition Anti-système à la réussite.

Après une  tentative inaboutie pour retirer à Biram son immunité parlementaire et l’exclure de la liste des candidats, un autre incident a eu lieu le12 mai dernier.  Mariem Mint Cheikh, députée de l’opposition, était arrêtée et incarcérée à la suite d’une dispute avec des membres du parti INSAV qu’elle avait surpris en train d’acheter des cartes d’électeurs.

Sélection  des électeurs ?
Que penser de la décision de la CENI ou plutôt du Ministère des Affaires Etrangères de n’ouvrir qu’un bureau de vote par continent, empêchant ainsi un grand nombre de Mauritaniens de la diaspora d’exercer leur droit de vote, et plus récemment de la fermeture soudaine d’une centaine de bureaux de vote dans des lieux supposés être favorables à l’opposition ? Mesure qui a soulevé la colère des électeurs bien qu’ils soient autorisés à s’inscrire dans d’autres bureaux de vote, ceux-ci étant parfois situés  à des centaines de kilomètres de leur domicile.

9 juin, jour du lancement officiel de la campagne
Depuis ce jour, les forces armées se  livrent à une démonstration de leur puissance à Nouakchott, lançant leurs camions, toutes sirènes hurlantes dans les avenues de la capitale. Une manière d’effrayer et de dissuader les électeurs de l’opposition et de montrer peut-être qu’une confiscation des suffrages serait possible. Certains y  voient une agitation de vaincus. Maitre Abou Kalidou  N’Diaye, directeur du directoire de la campagne du candidat de l’opposition a rassuré ses compatriotes : « Ils ne tireront pas, n’ayez pas peur…nous sommes des gens de paix et voulons une compétition pacifique » .

La campagne étant lancée, au cours des dernières semaine, les candidats ont multiplié les meetings. Biram Dah Abeid, a mené sa campagne de son côté, allant à la rencontre des électeurs, prononçant de nombreuses allocutions et développant son programme devant une foule toujours plus nombreuse et enthousiaste.

12 juin à Kaedi meeting de la coalition antisystème
La ville s’était préparée à accueillir le cortège du candidat Biram Dah Abeid mais les autorités en ont décidé autrement et ont bloqué les artères de la ville empêchant l’accès au lieu du meeting.
Les jeunes motards qui précédaient le cortège ont été arrêtés. Malgré ces difficultés le public est venu nombreux et à l’heure du  coucher du soleil la population de Kaedi a acclamé Biram Dah Abeid exprimant ainsi sa volonté de changement à la tête du pays.

En France, la campagne de la diaspora
Les Mauritaniens de la diaspora ont appris avec déception et indignation qu‘il n’y aurait qu’un seul bureau de vote par continent excluant un grand nombre d’électeurs de la possibilité de voter. Une pétition a tourné afin de tenter d’obtenir davantage de bureaux. Le député de la diaspora mauritanienne en Europe, Issa Diawara, sollicité sur cette injustice a déclaré que c’était à la CENI de décider du nombre de bureaux. Réponse mensongère qui n’a trompé personne : c’est le gouvernement qui décidé d’exclure du nombre des votants une partie de la diaspora pour favoriser le candidat du pouvoir.

29 mai
Le président Ghazoui a été reçu à l’Elysée par le président Emmanuel Macron. Une réception qui passe pour un  soutien inconditionnel de la France au président sortant.

21 juin
En réponse à cette ingérence, un sit-in a été organisé par les Mauritaniens de la diaspora a proximité du ministère des affaires étrangères au 37 quai d’Orsay.

22juin
Meeting de la coalition Antisystème qui soutient Biram Dah Abeid en présence de Maître Abou Kalidou N’Diaye, directeur du directoire de la coalition en Europe.

Biram Dah Abeid a prévu de terminer sa campagne dans la capitale à Nouakchott les 28 et 29 juin.             

Nos vœux l’accompagnent.

Lien externe :
Interview de Biram Dah Abeid sur RFI